avril 2026

Les Dires . La Nonne et la Meuf

rencontre lecture
Les Dires . La Nonne et la Meuf - Les Modernes - librairie Grenoble
Lydia Belostyk . Carole Deseulles

Depuis quelques mois, Lénaig et Katia dialoguent autour de la possibilité d’une métaphysique lesbienne.  Dialogue privé, tout en douceur et questionnements. La sortie presque simultanée de leurs livres aux éditions MF est une belle occasion de rendre ce dialogue public.

Les dires de Lénaïg Cariou sont nés d’un projet d’entretiens radiophoniques, avant de devenir une série de poèmes conversationnels. Ils proposent de travailler la parole recueillie comme un matériau, de faire de la poète non pas seulement celle qui parle, mais celle qui écoute, et retranscrit. Dans la retranscription poétique, des paroles se perdent, d’autres se modifient : c’est comme un résidu de paroles, passées au crible de la mémoire. Des traces de dialogues, et de leurs silences. Elles disent leur rapport à la langue maternelle, à la langue étrangère, à leur langue de désir. Elles font l’expérience de l’exil, de la désorientation, de la fragmentation du moi. Un parcours narratif qui se tisse de l’une à l’autre.

La nonne et la meuf de Katia Bouchoueva est un livre où dialoguent deux voix lesbiennes que l’on pourrait qualifier de radicales et/ou mystiques, mais qui à la fin ne le sont peut-être pas/plus tout à fait. Les voix de ces deux personnages s’interrogent, se répondent, se multiplient, incarnent d’autres voix venant du monde qui les entoure : bâtiments, espaces, villes, commerçants esseulés, ouvriers du bâtiment, vieux parents, pluie, montagnes, portes s’y réveillent. Y apparaissent les ombres des quelques figures historiques féminines que l’on croit souvent, à tort, opposées les unes aux autres : Thérèse d’Avila, Rosa Luxembourg, Louise Michel, Thérèse de Lisieux, Alexandra Kollontaï… Ces deux voix pourraient avoir ceci en commun qu’elles tentent d’échapper aux tics de langage, aux différents pièges de la radicalité, de la dévotion, de l’effet de groupe, mais aussi à ceux de la solitude et de l’enfermement. Y arrivent-elles ?Tentative de lesbianisme métaphysique (contemplatif ?) en somme, qui demandera quelques nouveaux efforts.

On en profitera pour mettre en avant la magnifique collection Poésie Commune chez MF éditions.

Mercredi 29 avril à 19h, entrée libre, accessible PMR